Chronique film

Kong: Skull Island : échec retentissant.

Kong: Skull Island : échec retentissant.

Après un Godzilla sorti en 2014 plein de bonnes idées et de volonté, mais malgré tout assez moyen, la Warner a décidé de mettre en chantier un univers de monstres (le Monstroverse) façon MCU et DCEU, cherchant à remettre sur le devant de la scène quelques-unes des plus grandes figures du cinéma de monstres (mais surtout à se faire quelques pépettes et à emmerder la compétition).

Après avoir traité le « Roi des Monstres » (une chose qui sera refaite en 2019 dans sa suite, Godzilla: King of Monsters), la Warner n’avait pas non plus masse d’options. À vrai dire, il ne lui en restait qu’une seule valable : King Kong.


Trois ans après la sortie de Godzilla, que vaut cette deuxième pierre à l’édifice balbutiant du Monstroverse ? Réponse ici.

 

Après l'excellent 10 Cloverfield Lane, John Goodman tombe bien bas. On n'en est pas revenu non plus.

 

Oh, un singe géant !

 

Kong: Skull Island prend place bien avant les évènements contemporains de Godzilla, à savoir à la fin de la guerre du Viêt-Nam, en 1973. Alors que le Président Reagan annonce le retrait des États-Unis dans le conflit, un homme du nom de Bill Randa se présente au bureau d’un sénateur quelconque, en charge d’on ne sait pas trop quoi. Quoiqu’il en soi, Randa, membre éminent de l’opération Monarch, un groupe de recherche scientifique, entend convaincre le dit-sénateur de le laisser embarquer au sein d’un navire s’apprêtant à se rendre au large d’une île récemment découverte par un satellite, mais jusqu’à maintenant inexplorée : Skull Island, un lieu où bien des navires et aéronefs ont disparus au fil des âges.

Après un court débat, le sénateur accepte de laisser Randa et son assistant Houston Brooks embarquer sur le navire, et organiser l’opération.

Après avoir débaucher un traqueur, le Capitaine James Conrad, une photographe, Mason Weaver et une escorte militaire héliportée, menée par le Colonel Preston Packard et ses hommes, l’opération est lancée.

Approchant aux abords de l’île, l’équipe constate que celle-ci est entourée (et donc protégée) par une énorme et perpétuelle tempête. Malgré cela, l’équipe va s’aventurer au sein de l’île, soit disant pour cartographier sa surface en larguant des bombes sismiques. Mais rapidement, l’unité va constater qu’autre chose protège cette île.

 

Les money shots (et money shots il y a dans ce film), ça ne fait pas un film. Et encore moins un bon.

 

Les années 70, ce doux songe pour les producteurs…

 

Comme dit plus haut, le film prend place dans les années 70, une période extraordinairement riche en bien des termes, notamment musicaux. Ainsi, le film est accompagné en quasi permanence par des titres iconiques de l’époque comme Paranoid de Black Sabbath, Ziggy Stardust de David Bowie, White Rabbit de Jefferson Airplane, etc. En gros, la partie soundtrack fait écho à ce que James Gunn et ses Gardiens de la Galaxie a réussi à faire en revitalisant des titres iconiques de la période (ou un peu après) sur des personnages complètement cool. Sauf qu’ici, ça ne prend pas, tout comme pour David Ayer et son pitoyable Suicide Squad (tiens, un film Warner aussi…). Mais la musique n’est pas le seul élément sur lequel film cherche à surfer. Il y a bien entendu le cadre : le conflit lié au Viêt-Nam, et à toute la production cinématographique que cette époque a engendrée : Apocalypse Now en tête de liste, Platoon, Voyage au bout de l’enfer etc. etc. Ainsi, le film tend fougueusement ses bras vers ces films, entendant accéder au Panthéon des grands films de guerre. Là non plus, ça ne prend pas. Car oui, la seule grande force du film, c’est à la rigueur sa direction artistique léchée, ses plans iconiques… et c’est bien tout. Et encore ! Tout ça, c’est à condition de ne pas avoir jeté un œil à tout ce qui a suivi la première très bonne bande-annonce du film ! Car oui, en gros, Warner a tout, absolument TOUT spoil dans ses bandes-annonces, clips et autres TV Spots (tiens, comme pour Suicide Squad, bah dis donc !). En vrai, l’intégralité du film (enfin presque) a été volontairement diffusé sur le web, un très très mauvais point pour le film.

 

Le plot du futur car futur il y a, inévitablement

 

Et l’histoire dans tout ça ?

 

Ah oui, c’est vrai, désolé, je me suis laissé porter par ce qui entoure le film, mais pas sur le film lui-même. Mais si je l’ai fait, tu t’en doutes, c’est bien parce qu’en soi, le film est assez vain. L’histoire se calque énormément sur des structures narratives des plus classiques (l’équipe arrive sur l’île, c’est la merde, et va chercher à en repartir // l’équipe découvre que les Skulls Crawlers, des lézards bipèdes géants, qui sont l’antagoniste du film mais surtout le rival naturel de Kong, en gros, des bestioles méchantes, et rien de plus), auxquelles se calque une seule idée à peu près originale : la personnalité du Colonel Packard (incarné par le grand Samuel L. Jackson). En effet, le militaire incarne l’esprit brisé d’une Amérique vaincue par la guerre du Viêt-Nam et incapable de faire face à l’échec. Ainsi, il entend vaincre Kong, l’animal responsable de la perte de ses hommes, mais aussi la projection de son impuissance. Mais là encore, ça ne marche pas. Genre pas une seconde tant les échelles de puissance sont disproportionnées et déséquilibrées (le mec ne se dit pas une seule seconde « que puis-je faire moi et mes hommes, coulés au sol, contre un singe de 60 mètres de haut ? »). Cela aurait peut-être marché face au Kong de Peter Jackson, mais là… BITCH PLEASE!

 

Kong, Roi de Skull Island, mais certainement pas du cinéma !

 

Tout ça pour dire que le Monstroverse au cinéma, ce n’est pas encore ça ! Là où Warner avait commis bien des impairs sur Godzilla (genre faire de sa vedette un figurant), dans Kong, l’heure est à la surexposition et à l’iconisation bâclée.  En gros, les Skull Crawlers sont des figurants lambda, le mal incarné un point c’est tout, et Kong le sur-héros (et non pas le héros).

Le film s’ouvre sur une scène d’introduction inutile et se ferme sur une scène de conclusion vaine, crée de nouvelles erreurs en tentant de compenser les précédentes, dispose d’un casting des plus solides (Tom Hiddleston, Brie Larson, John Goodman, John C. Reilly, etc.) mais n’en tire RIEN, et présente une histoire simple, mais surtout inefficace et tout sauf originale. Quant à la scène post-générique (car oui, il y en a une), bien qu’elle annonce de belles choses (que l’on savait depuis longtemps maintenant), celle-ci est juste… bâclée.

Bref, j’ai beau aimer, adorer même, le genre du film de monstres, et chercher parfois à lui trouver des excuses, ou à calmer mes ardeurs, il n’empêche que Kong: Skull Island est un divertissement (et non pas justement un film de genre) sans grand fond ni intérêt, ni parti pris original ou audace. Beau certes, mais vaguement impressionnant ou captivant. Et ça, c’est ce que l’on appelle un échec.

 

 


avatar Maxime le 09/03/2017  -  commentaires

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