Chronique film

Alone : quand devenir adulte devient mortel !

Alone : quand devenir adulte devient mortel !

Alone est un film de Thierry Poiraud (Goal Of The Dead seconde mi-temps) sorti en VOD le 1er avril 2016. Le long-métrage se déroule sur une île au large de l’Écosse. Le paysage y est gris, voilé et désertique, de quoi nous plonger dans une ambiance quasi-éthérée qui nous fait ressentir la solitude de la survie.

 


L'île des damnés

 

L’histoire est celle de six adolescents qui se retrouvent un beau jour abandonnés dans leur pensionnat. Les adultes, eux, ont mystérieusement disparus - on apprendra rapidement qu'ils ont tous été changés en monstres assoiffés de sang façon 28 jours plus tard (de Danny Boyle, 2002) -. Bien contents de se retrouver seuls (ce qui peut se comprendre au vu de leurs relations respectives avec leurs parents et du fait que dans le film les adultes sont présentés comme des co...), les jeunes gens célèbrent leur liberté dignement avant de mettre les voiles. Ils se rendent en ville - de nuit car on est tout de même dans un film d'épouvante - et se séparent. Chacun des protagonistes se retrouve confronté à un adulte infecté. Une confrontation dangereuse qui va les contraindre à prendre la fuite en voiture.

Fuite qui va les mener jusqu'à une grande maison perdue dans une forêt. C'est à ce moment-là de l'histoire, et de manière parfaitement hasardeuse, que les protagonistes découvrent l'origine du virus ainsi que le fait que ce dernier ne vise que les adultes. Cette explication rapide apparaît quelque peu anecdotique et ne fait pas avancer l'histoire d'un iota. En somme, on s'en moque un peu. Ils décident ensuite de partir pour se diriger vers la mer, dans l'espoir de mettre les voiles (une bonne fois pour toutes)...

 

La mer comme seul horizon

 

Tous des monstres !

 

Le long-métrage nous raconte comment un virus s'est emparé des adultes. Mais il met également en avant et à plusieurs reprises le fait que les adultes sont capables des pires atrocités (violences conjugales, etc.) et cela sans être affectés par le virus. La transformation en adulte, avec ou sans l'infection, signifierait qu’être un adulte c’est être un monstre.

Un raccourci un peu facile que le film déjoue joliment. Car il y a d'une part les protagonistes adolescents que l'on suit, les adultes infectés mais aussi les enfants qui se méfient à la fois des adultes et des adolescents. Le long-métrage montre alors la cruauté qu'ils (les enfants) développent en particulier envers les adolescents qu'ils perçoivent comme des futurs adultes donc de futurs monstres.

Les adultes ne sont donc au final pas la plus grande menace pour les protagonistes du film mais bel et bien les enfants. Ces derniers prennent les adolescents en chassent car ils savent qu'ils seront tôt ou tard des adultes et donc une menace pour eux. Mais ce virus est bâtard car on peut imaginer qu'à terme il va affecter également les jeunes enfants. Ainsi il devient dangereux de grandir et de vieillir, d'où le sous-titre du film "Don't grow up".

 

Qu'est-ce qu'être un adulte ?

 

Le fait que le virus ne vise que les adultes est intéressant parce que cela permet au réalisateur d'aborder la question suivante : qu'est-ce qui fait qu'on est adulte ? En effet, comment devenons-nous adulte, et qu’est-ce que cela signifie ?

Tous les protagonistes évoluent dans le film en se demandant : « quand est-ce que je vais devenir adulte et me changer en monstre ? ». Une interrogation que les adolescents se posent avec une attention particulière étant donné qu'ils sont à l'âge charnière, à la transition entre l'âge "insouciant" et l'âge de "raison". Est-ce que l'on devient adulte lorsque l'on atteint l'âge de dix-huit ans, cette limite instaurée par la loi ? Cela paraît un peu risible étant donné que l'âge de la maturité varie selon les pays et que c'est bien souvent une question d'état d'esprit et de maturité justement.

Sur ce point-là, le film ne donne aucune réponse et nous laisse seul face à nos interrogations. On ne peut qu'émettre des hypothèses sur le pourquoi de la transformation de tel personnage ou de tel autre. Est-ce parce qu'il/elle a dix-huit ans ? Est-ce parce qu'il/elle est devenu(e) responsable de la vie d’un enfant ? Est-ce parce qu'il/elle a tué une personne ? Ou encore, est-ce parce qu'il/elle a des « rêves d’adultes », à savoir se projeter dans un avenir matérialiste et carriériste ?

Des questions qui restent en suspens, et c'est tant mieux !

 

Yep, c'est l'idée !

 

Une histoire tragique !

 

Alone est mine de rien une histoire tragique ! Ces adolescents qui ont eu une vie loin d'être rose se retrouvent injustement traqués par des enfants sanguinaires et des adultes infectés par un virus ! De plus, ils survivent avec la crainte qu'à leur tour ils ne deviennent eux-mêmes des monstres et ne menacent leurs amis.

C'est tragique parce qu'on les suit dans leur errance solitaire, dans un paysage désertique, et cela jusqu’à leur quasi-extinction ! Alone porte ainsi bien son nom car au-delà de la réflexion sur ce qu’est être un adulte, le film narre de manière convaincante la solitude de la survie.

Alone est au final une belle œuvre qui mérite notre attention sans être non plus un chef-d’œuvre. Le rythme y est tout de même assez lent même si cela permet de bien développer la personnalité des protagonistes et des deux personnages principaux notamment.

 

Un film bien mené et intelligent. Un bon moment à passer.

 

 


avatar Roman le 14/04/2017  -  commentaires

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